S’engager : comprendre, vouloir, agir
dans une société numérique

En 2019, les académies de Nice et d’Aix-Marseille et Réseau Canopé ont choisi de faire de la « citoyenneté numérique » et du « numérique citoyen » la thématique des événements qu’ils organisent ensemble, écriTech’ et les Rencontres de l’Orme. Dans sa conférence inaugurale d’écriTech’10, Jean-François Marchandise, délégué général de la Fing, affirmait que la réappropriation des promesses du numérique au service des valeurs de l’École de la République impliquait des usages « engagés » du numérique éducatif. À la question « Quel numérique voulons-nous ? », écriTech’10 et les Rencontres de l’Orme 2019 avaient répondu : un numérique « humaniste », un numérique « engagé ».

Que signifie la notion d’« engagement » dans le cadre de la scolarité ou de la formation ? Peut-on dire que le numérique facilite l’engagement des élèves, et plus généralement de la communauté éducative ? Quel type d’engagement souhaitons-nous favoriser dans ce cadre ? Inversement, quelle forme d’engagement requiert une utilisation « éclairée » du numérique ? Voici quelques-unes des questions auxquelles écriTech’11 tentera de répondre pour saisir les enjeux du thème « S’engager à l’heure du numérique ».

Le substantif « engagement » recouvre des sens et des nuances qui varient selon les contextes : il peut s’agir de l’engagement d’un bien matériel, d’un contrat passé entre deux ou plusieurs personnes, d’une promesse qui les engage affectivement, professionnellement, moralement, spirituellement… Dans tous les cas, il y a une sorte de « mise en gage de soi » qui détermine des manières d’être, d’évoluer, de penser ou d’agir pour l’avenir. Au-delà de cette dimension personnelle, qui engage un individu « corps et âme », il existe presque toujours une portée collective de l’engagement : dans une action ou pour une cause qui le dépasse (sociale, citoyenne, politique…). On comprend dès lors pourquoi l’engagement est exploré en philosophie comme en sociologie ou en psychologie, et pourquoi le terme est utilisé aujourd’hui dans des domaines d’application aussi éloignés que le marketing et l’éducation, pour ne donner que ces exemples.

Dans le cadre de l’institution scolaire, quelle forme d’engagement recherche-t-on ? Un engage-ment des élèves dans les apprentissages ? Un engagement citoyen (dans les instances de la démocratie scolaire) ? Un engagement sociétal (exemple récent de l’engagement pour la planète) ? Les programmes d’EMC du Cycle 4 évoquent : « une conscience citoyenne, sociale et écologique ». La journée de mobilisation vise également la culture de l’engagement des élèves. Selon la sociologue Nathalie Mons, « ce sont principalement les engagements à l’âge scolaire qui fondent les engagements civiques à l’âge adulte ».

Quelle place et quel statut donner au numérique dans ce processus et ce dessein ? Est-il un facilitateur ou un inhibiteur de l’engagement des jeunes ? Favorise-t-il ou empêche-t-il la participation, l’émergence de liens de solidarité, d’intérêt ou d’action ? Quel rôle l’école peut-elle jouer pour accompagner ces nouvelles pratiques et poser les cadres éthiques de l’engagement ?

Enfin, avec le développement des plateformes numériques et de l’intelligence artificielle, quels savoirs, quelles compétences faut-il développer chez les élèves pour qu’ils deviennent des acteurs à part entière et des citoyens éclairés, maîtres de leur vie et de leur destin, plutôt que des individus manipulés à leur propre insu par les algorithmes ou plus exactement par leurs concepteurs ?

écriTech’11 interrogera ainsi l’engagement, les engagements, nécessaires à l’École dans un monde où le numérique est devenu incontournable, pour un monde que nous rêvons plus juste et plus humain encore.